Consigne Don : identifier les leviers de motivation à de meilleures pratiques de recyclage

Le projet Consigne Don, lauréat de la cohorte d’automne 2020 de l’Incubateur civique, s’attaque au sujet complexe de la revalorisation des déchets dans les habitations densifiées. En proposant de cibler les leviers de changement de comportement des résidents et résidentes, Bianca Paquette et Louis-Georges Bernard souhaitent faire des tours d’habitation des modèles exemplaires en gestion des matières résiduelles.

Amorcer le changement

Dans le Sud-Ouest de Montréal, le quartier Griffintown se transforme au fil des constructions des nouvelles tours d’habitation et enregistre une forte croissance démographique. Cette densification soudaine s’accompagne de diverses problématiques telles que la concentration des matières résiduelles et le peu de solutions accessibles quant à une collecte efficace. En effet, dans ces immeubles neufs d’une ou plusieurs centaines de logements, les salles à déchets sont agencées sur le même modèle que celui appliqué aux plus petites structures : une chute à déchet à chaque étage couplée à des bacs de recyclage verts alignés dans un espace exigu au sous-sol, parfois accompagnés de quelques bacs bruns pour les matières organiques. Certes, le nombre de bacs est supposé être ajusté en fonction du nombre de logements, mais l’optimisation s’arrête là car les espaces ne sont pas repensés en conséquence et les municipalités sont arrivées au bout des solutions techniques existantes qu’elles peuvent déployer.

L’amélioration des pratiques en gestion des matières résiduelles dans les habitations densifiées (neuf logements et plus) est un enjeu complexe qui nécessite une phase de changement des comportements avant d’engager le déploiement de nouvelles solutions. La dynamique du recyclage, qui est très différente de celle d’une maison unifamiliale ou d’un duplex, est à recréer en tenant compte notamment des caractéristiques de ces milieux de vie où se côtoient des propriétaires résidents et des locataires de courte ou de longue durée. D’emblée, cet ensemble de résidents et résidentes ne reçoit pas le même niveau d’informations à leur arrivée, n’a pas la même sensibilité écologique, ne partage pas non plus la même compréhension des bonnes pratiques ni l’impact du respect ou non du règlement de la copropriété dans les parties communes.

Consigne Don : identifier les leviers de motivation à de meilleures pratiques de recyclage

« On ne peut pas s’attendre à ce que les règles de gestion du recyclage soient assimilées et appliquées à la lettre par tous et toutes. Surtout lorsque la facilité est de déposer des matières résiduelles, recyclables ou non, dans le même bac, loin de notre vue dans la salle de recyclage au sous-sol, où personne n’est tenu responsable ou pénalisé par l’absence de tri. À date, Louis-Georges et moi-même pouvons constater que le résultat est catastrophique dans la tour d’habitation où nous vivons. Le manque d’implication dans le tri des déchets est au point de décourager les résidents et résidentes les plus écoresponsables. » — Bianca

« En observant les montagnes de matières accumulées dans les bacs verts, on a remarqué un nombre important de contenants consignés que les gens ne prennent pas la peine de trier. Pourtant le système de la consigne est en place au Québec depuis les années 1980 et a été largement adopté depuis, mais il semble que sa valeur monétaire ne soit plus une motivation suffisante pour faire l’effort de rapporter les canettes et les bouteilles aux points de collecte. » — Louis-Georges

« Comme les infrastructures sont coûteuses à déployer et que les campagnes de sensibilisation ont des retombées limitées, nous avons réfléchi à une solution basée sur l’approche comportementale. Que pourrions-nous faire pour changer le comportement des gens et leur redonner envie de participer au système de consigne ? Est venue l’idée de l’associer à une cause vertueuse où les dons récupérés par la consigne seraient reversés à des organismes communautaires choisis par les résidents et résidentes. » — Bianca

Mais, cette idée est-elle la bonne ? Par où commencer pour faire adopter des pratiques écoresponsables collectives ? Bianca voit passer l’appel à projets de l’Incubateur civique alors que le projet est au stade de pré-incubation. « On n’y connaissait pas grand-chose au recyclage, ce n’est pas notre domaine de travail et on n’avait pas spécialement de contacts non plus. En revanche, on avait envie d’aller au bout de notre idée et de tout mettre en œuvre pour changer un fonctionnement incohérent qu’on constate au quotidien. Le programme de l’Incubateur civique nous a parlé dans son approche ouverte aux projets citoyens portés par des “non-experts” en innovation sociale. Intégrer la prochaine cohorte apparaissait comme l’occasion idéale de se lancer. »

Étudier les approches comportementales

Avant même de tenter d’agir sur les motivations, plusieurs enjeux à adresser initialement ont été identifiés pour expliquer le manque d’implication dans le tri :

  • les constructions densifiées ne sont pas conçues pour la gestion des matières résiduelles à grande échelle,
  • une signalétique claire fait défaut dans les salles de recyclage,
  • les bonnes pratiques ne sont pas transmises efficacement aux résidents et résidentes nouvellement installées.

La communication est donc un point central dans l’approche au changement de comportements afin de déterminer les blocages. Quant aux leviers de motivation, un travail d’expérimentation a permis de mieux les définir en fonction des profils sociodémographiques et psychographiques des individus : si la valeur monétaire de leurs contenants consignés n’est pas suffisante pour entraîner leur retour, est-ce que le fait de contribuer à une cause caritative serait un levier motivationnel alternatif suffisant ?

Grâce aux différents ateliers du programme de l’Incubateur civique, la sensibilisation à la consigne a alors été validée comme un procédé nudge, c’est-à-dire qu’en s’appuyant sur les sciences comportementales, les usagers sont intuitivement amenés à poser les bons gestes dans le cadre d’une expérience de gestion des matières résiduelles. L’objectif est de positionner la consigne à la fois comme un point de départ dans la transition vers de meilleures pratiques de recyclage, mais aussi comme un cheval de Troie pour instaurer des comportements de tri durable à l’ensemble des matières résiduelles. Car l’élargissement de la consigne qui se prépare au Québec est une formidable opportunité à adopter, dès maintenant, des comportements adéquats pour maximiser son impact, en commençant par les canettes et les bouteilles, puis en appliquant la même démarche avec les autres contenants. Consigne Don s’ancre ainsi dans une vision de la gestion des matières résiduelles où la consigne élargie a pour but d’amener le tri par filière directement par les ménages (le compost d’un côté, le verre d’un autre côté, puis le contenu des bacs de plastique, métal et papier/carton à séparer au centre de tri), sans toutefois générer de coûts additionnels.

Pour le déploiement de la solution, Bianca et Louis-Georges ont identifié les parties prenantes avec qui collaborer tout en réconciliant les enjeux et les stratégiques propres à chacune d’elles. « Nous avons découvert un écosystème complexe dans lequel le projet doit s’insérer afin d’entretenir la mobilisation et encourager les comportements écoresponsables. Dans le même temps, nous avons réalisé qu’en créant notre propre organisation pour gérer l’ensemble de la chaîne de revalorisation, nous allions nous retrouver en concurrence avec des organismes comme les Valoristes qui soutiennent des personnes vulnérables et pour qui la consigne est une source de revenus ! Nous les avons alors approchés pour initier un partenariat qui s’avère précieux dans la mise en place des opérations de Consigne Don et la logistique des contenants. » — Bianca

L’immeuble de résidence des porteurs de projets va servir de laboratoire à la première phase où seront mis en place une signalétique claire et quelques aménagements de base dans la salle à déchets avant l’installation des nudges orientés vers la consigne. L’étude de la pérennité des comportements sera ensuite déterminante dans l’élargissement des procédés à d’autres immeubles et à d’autres matières résiduelles à traiter par filière. 

« Nous en sommes à la phase initiale de Consigne Don qui va se construire étape par étape, mais si je me place dans une perspective de long terme, je rêve que notre projet puisse s’inscrire comme un terrain d’expérimentation et d’études dans une des multiples recherches universitaires qui se penchent sur l’impact du nudging sur les comportements écoresponsables, et qu’il influence également la réglementation et les normes de construction dans les complexes résidentiels. À suivre ! » — Louis-Georges

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