Lutter contre l’insécurité alimentaire : quelles alternatives aux banques de dépannage ?

Identifier les obstacles

L’Institut national de santé publique du Québec définit l’insécurité alimentaire comme un accès inadéquat ou incertain aux aliments, principalement en raison d’un manque de ressources financières ou d’accès à un système alimentaire durable qui maximise les choix sains.

En 2017-2018, au Québec, 11.1% des ménages se trouvaient en situation de précarité alimentaire (Tarasuk V, Mitchell A, 2020). Cependant, seule une personne sur cinq ayant besoin d’aide a recours aux banques alimentaires. Parmi les raisons évoquées : l’accessibilité restreinte aux centres de distribution, la faible qualité des aliments distribués et le sentiment de honte éprouvé par les individus vivant une situation financière difficile (Tarasuk V, 2019).

Lutter contre l’insécurité alimentaire : quelles alternatives aux banques de dépannage ?

« Aujourd’hui la pratique du dépannage alimentaire reste très traditionnelle. Les bénéficiaires se déplacent jusqu’à un point de service et repartent avec un bon valable en épicerie ou un panier de produits non périssables. Ce modèle perdure et on peut se questionner sur l’impact qu’ont les aliments distribués sur la santé des gens et sur leur équilibre alimentaire. C’est pourquoi, depuis notre arrivée en tant qu’employées à la Société de Saint-Vincent de Paul, Justine et moi-même cherchons à développer des solutions alternatives intégrant la démocratisation d’une alimentation saine. Le dépannage alimentaire est en effet essentiel pour les gens se trouvant en situation de précarité, mais nous pouvons faire plus que leur tendre un panier de denrées non périssables. »

Jennifer

Imaginer une autre expérience

« Nous avions alors réfléchi à un modèle qui se distinguerait de la banque alimentaire et qui soutiendrait davantage l’accès à une alimentation saine. J’avais proposé l’idée des paniers alimentaires, sur le même modèle que GoodFood par exemple, contenant des produits de qualité, frais et nutritifs mais à un prix très abordable. Il est vrai qu’il existe déjà aujourd’hui plusieurs initiatives en lien avec l’agriculture urbaine qui rencontrent un beau succès, cependant elles ne sont pas financièrement accessibles aux personnes ayant recours à l’aide alimentaire. Donc, avec nos boîtes, nous souhaitions proposer une solution qui soit pratique au quotidien, attractive pour les bénéficiaires et qui contribue à développer leurs capacités culinaires. Les paniers contiendraient des fruits et légumes, auxquels les gens n’ont pas forcément accès économiquement et physiquement, avec des recettes simples et des astuces de conservation des aliments. C’est avec cette idée, nommée Boîtes saines, que nous avons envoyé notre dossier de candidature lors de l’appel à projets de l’Incubateur civique de la MIS. »

Justine

Lutter contre l’insécurité alimentaire : quelles alternatives aux banques de dépannage ?

Sélectionnées pour intégrer la cohorte d’automne 2020, Jennifer et Justine sont ravies de saisir cette opportunité pour consolider leur réflexion et entamer la phase de développement de Boîtes saines. Quoique le projet soit au départ une initiative personnelle, leur employeur (la Société Saint-Vincent-de-Paul) les soutient dans cette démarche d’intrapreneuriat et s’est montré intéressé à intégrer et déployer la solution.

Cette solution, précisément, a pris une tout autre forme au fil du parcours de l’Incubateur civique.

Lutter contre l’insécurité alimentaire : quelles alternatives aux banques de dépannage ?
Crédit photo : Youssef Shoufan

« C’est arrivé assez vite qu’on se remette en question. La théorie du changement nous a pas mal bousculées, dans le sens où il a fallu se poser les vraies questions sur le public cible, sur l’impact, sur la stratégie. Avoir des idées en tête est une chose, les poser sur le papier en est une autre. Notre objectif était clair, mais l’idée des boîtes le soutenait-elle vraiment ? Lors des discussions pendant les ateliers, nous avons été poussées à aborder tous les angles de la solution : de l’intérêt des bénéficiaires à cuisiner au matériel de cuisine à leur disposition, de l’impact environnemental des emballages des aliments à la question du choix des produits. Mis bout à bout, ces arguments ont eu raison des boîtes. »

Jennifer

« Ça m’a fait un petit pincement d’abandonner les boîtes, j’y pensais souvent à cette idée, aux façons de la concrétiser, j’avais même commencé à écrire des recettes ! Finalement, une phrase prononcée lors d’un atelier m’a convaincue : “Il est important d’être attaché à l’impact plus qu’au moyen pour y parvenir.” J’ai l’impression que cela nous a donné le droit de changer la forme du projet du moment qu’on continuait à adresser notre problématique. Conserver les boîtes n’aurait pas eu l’impact qu’on voulait. »

Justine

Lutter contre l’insécurité alimentaire : quelles alternatives aux banques de dépannage ?
Crédit photo : Youssef Shoufan

Quand une question en amène une autre

La forme du projet évolue alors pour devenir une épicerie solidaire. L’objectif reste le même : démocratiser l’accès à une alimentation saine.

Avec la création d’un local de vente alimentaire viennent plusieurs avantages : permettre aux usagers de choisir des produits frais selon leur goût et leur capacité matérielle à les cuisiner, développer des pratiques alimentaires saines tout en créant du lien social à travers des ateliers culinaires et des échanges de groupes, mais aussi expérimenter différents modèles dans une perspective d’inclusion des personnes en situation de précarité : « À ce moment-là, à nouveau, on se questionne : et si en choisissant d’élargir notre public cible on pouvait rendre de la dignité aux bénéficiaires de l’aide alimentaire ? En se rendant dans un lieu fréquenté par diverses populations, ces personnes se sentiraient moins stigmatisées. Elles ne seraient pas clientes d’une épicerie réservée aux individus en situation de précarité mais d’une épicerie solidaire où des produits seraient vendus à des prix différenciés selon la situation financière des gens par exemple. Plusieurs modèles peuvent être envisagés » précise Jennifer.

L’épicerie s’installera en 2021 dans un local de la Société Saint-Vincent de Paul dans le quartier Centre-Sud à Montréal, où Justine et Jennifer travaillent à développer des partenariats avec notamment les Cyclistes solidaires afin d’assurer la livraison à vélo aux personnes ayant de la difficulté à se déplacer et avec la Table de concertation en sécurité alimentaire dans le Centre-Sud pour travailler en complémentarité à développer l’offre de services alimentaires dans ce secteur.

Reste à trouver un nom à cette épicerie solidaire ! Rendez-vous sur la page Facebook de la Société Saint-Vincent de Paul où un vote participatif sera prochainement organisé pour sélectionner un nom et gardez un œil sur l’annonce du projet dans les actualités de leur site Internet.

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