Potentia : penser autrement le bien-vieillir chez soi

Avec Potentia, projet sélectionné pour la cohorte 2022 de l’Incubateur civique de la Maison de l’innovation sociale et initié par Amélie Paquette et Sarah Libersan, le souhait est de donner aux personnes âgées les outils nécessaires à une prise de décision éclairée concernant leur milieu de vie, en accord avec leur autonomie et leur bien-être.

Les impacts du vieillissement de la population

Selon les projections de l’Institut de la statistique du Québec, le quart des Québécois et des Québécoises sera âgé de 65 ans ou plus en 2031, alors que cette tranche d’âge représentait 19% de la population en 2017 et seulement 10% en 1986 ! Ce changement démographique majeur s’accompagne de nombreux défis, notamment sur la prise en charge de cette partie de la population par le système de santé et sur les services disponibles en matière d’habitat.

Illustration du Bilan démographique du Québec – Édition 2021

Les solutions adoptées jusqu’ici, telles que les approches curatives plutôt que préventives ou l’hébergement contraint en résidences faute d’alternatives, sont coûteuses et reconnues comme délétères sur la qualité de vie des ménages âgés. Car nombreux sont ceux qui souhaitent rester aussi longtemps que possible dans leur logement, mais qui n’ont d’autre alternative que d’aller vivre en résidence privée ou en établissement spécialisé par manque de services d’aide au maintien à domicile.

Compte tenu de la pression qu’exerce le vieillissement sur les coûts du système de santé et sur le bien-être des personnes aînées, des solutions innovantes doivent être envisagées afin de répondre à cette problématique sociétale.

Aborder les réalités du vieillissement

Les conditions de vie dans certains centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont régulièrement dénoncées dans l’actualité et ont particulièrement fait les manchettes pendant les premiers mois de la crise sanitaire de la Covid-19.

Cette problématique a retenu l’attention d’Amélie Paquette comme amorce d’un projet entrepreneurial au MBA :

« L’habitat et les personnes âgées, c’est un sujet dont on parle encore trop peu. Mais là, au regard de la pandémie et des nombreux décès constatés dans les CHSLD, la question doit être posée : ça prend quoi pour choisir de vieillir à la maison et comment les aider?

Selon les sondages qui sont régulièrement menés par des associations de personnes retraitées et les entrevues que nous avons menées, nous savons que la plupart d’entre elles souhaitent vieillir dans leur maison. Le besoin est clairement exprimé. »

Tout en travaillant sur le sujet, Amélie est invitée à participer au forum Habitats, une initiative de la compagnie Un et un font mille dont l’intention est d’aborder les réalités du vieillissement en menant des projets de transformation sociale. L’animation d’une des soirées, intitulée Maisons sans mur, mène Amélie à rassembler dans une table ronde des individus d’âges variés, dont des personnes aînées, dans le but d’échanger sur leurs besoins réels et leurs aspirations à mieux vieillir à la maison. La richesse des conversations incite Amélie à créer un groupe de travail avec certains participants et participantes de ces consultations publiques, enthousiastes à l’idée de participer à la construction d’une solution qui les concerne directement, au-delà du forum Habitats.

Lors des échanges, différents vécus sont révélés face à la décision, mûrie ou douloureuse, d’un nouveau milieu de vie. En effet, pour certaines personnes, la transition peut être sereine, soutenue par des ressources financières confortables et des proches aidants. En revanche, pour les autres aux revenus plus modestes ou à l’entourage moins disponible, le sentiment de faire un choix par défaut est souvent présent : vaut-il mieux se déraciner de sa communauté pour aller vivre en résidence privée ou en établissement spécialisé pour s’assurer l’accès aux services essentiels ou bien rester dans son quartier, au risque de vieillir dans un logement mal adapté et sans l’assurance de soutien?

Comment aider les personnes âgées face à ce dilemme ? Les ateliers de travail menés à la suite du forum Habitats ont permis d’évoquer divers besoins au bien-vieillir et d’explorer des pistes de solution. Citons des besoins d’ordre fonctionnel comme les soins de santé, l’épicerie ou l’entretien de son logement. Présentement, des services communautaires ou gouvernementaux existent déjà pour y répondre mais ils sont peu connus, difficilement accessibles et inégalement répartis sur le territoire québécois. Il est nécessaire de répondre à ce premier enjeu. Mais la liste des besoins ne s’arrête pas là. Comme tout le monde, les personnes aînées ont envie de s’accomplir, de se sentir utiles, de maintenir leur vie sociale et d’entretenir leur sentiment d’appartenance à leur communauté.

« La proximité avec une centaine de personnes vieillissantes a mis en lumière pour moi la collection de deuils auxquels elles font face, à différentes échelles, tels que sortir de la vie active, perdre leur permis de conduire, leur mobilité, un être cher, leur vision, leur ouïe, leur autonomie, leur crédibilité, leur sentiment d’utilité… La vulnérabilité qui en découle est un thème récurrent du vieillissement et nous voulons redonner du pouvoir aux personnes aînées en leur donnant accès à un outil numérique d’autodiagnostic de leurs besoins, intégré à un système intelligent pouvant générer automatiquement un parcours personnalisé de services. Potentia sera une solution pour faciliter le quotidien des personnes aînées mais aussi encourager leur épanouissement personnel, à l’aide d’une mobilisation des services existants et la création de liens communautaires. » — Amélie

L'évolution de Potentia dans le parcours de l'Incubateur civique

Dans un processus de design collaboratif, ce groupe de travail intergénérationnel (les âges vont de 27 à 71 ans) va alors amorcer le développement d’un prototype de solution en mobilisant leurs expertises et leurs compétences complémentaires. Sarah Libersan évoque l’appui que pourrait apporter le programme de l’Incubateur civique : « On avait de la difficulté à sortir des impasses dans le travail de co-création et à poursuivre le développement de la solution qu’on avait imaginée jusque-là. »

Au moment d’intégrer la cohorte d’hiver 2022, Potentia prenait la forme d’un programme d’accompagnement au bien-vieillir chez soi. Puisque certains services existent déjà, mais qu’ils sont disparates et peu connus, l’équipe imagine une mise en relation de personnes de tout âge impliquées dans leur communauté avec les personnes aînées cibles du projet, pour favoriser le partage de propositions d’assistance, de conseils et de ressources supplémentaires. Comment provoquer ces rencontres intergénérationnelles ? L’équipe élabore une série d’ateliers dans des lieux publics faciles d’accès, qui accueillent une clientèle d’âges variés et qui sont dotés de ressources numériques pour guider sur place les personnes aînées dans la prise en main des outils.

Amélie et Sarah précisent : « À cette étape, nous étions conscientes des obstacles dans le déploiement du projet. Par exemple, ils pouvaient être de nature logistique et concerner l’accès aux locaux et à l’équipement numérique nécessaire. Nos préoccupations étaient aussi orientées vers les ressources humaines : comment mobiliser des bénévoles au-delà de la phase prototype ? Nos attentes en intégrant le parcours de l’Incubateur civique étaient d’être accompagnées sur ces questions. Finalement, nous sommes challengées sur bien plus d’aspects du projet! »

L’impact recherché par Potentia s’affine au fur et à mesure du parcours en s’interrogeant notamment sur la définition initiale du bien-vieillir à la maison. Après tout, qu’est-ce que « la maison » ? Ne pourrait-on pas aussi se sentir chez soi en résidence ou dans un nouveau logement mieux adapté ? Et si la réponse au bien-vieillir était plutôt de faire le bon choix, au bon moment, en ayant connaissance de l’ensemble des possibilités qui sont offertes aux personnes aînées en termes d’habitat, d’assistance à domicile, de services en santé, d’accompagnement en mobilité et en offres de loisirs, en fonction de leurs désirs et besoins qui évoluent ? Chaque parcours est unique et plus il y aura de propositions pour s’épanouir dans la vieillesse, plus les personnes aînées seront en capacité de prendre leurs propres décisions en accord avec leur style de vie et leurs besoins changeants.

La recherche active des angles morts a été révélatrice de la diversité des parcours. Si les membres les plus âgés du groupe de travail apportent une perspective certes pertinente en mobilisant leurs propres vécus, ils demeurent encore très actifs, pleinement autonomes et donc sans doute pas les plus représentatifs d’une partie de la clientèle cible de la solution. Le vieillissement a de multiples visages et Potentia veut tenir compte des réalités du plus grand nombre.

L’équipe réalise aussi que le programme d’accompagnement imaginé au départ implique que les ressources bénévoles doivent se multiplier sur une grande échelle pour rencontrer le public visé et que des ateliers en petit groupe dans des lieux publics n’auront pas l’impact escompté avant longtemps; d’où le pivot de Potentia comme plateforme numérique plutôt qu’organisme créateur d’événements de mises en relation de personnes dans des lieux publiques.

« L’accompagnement de l’Incubateur civique nous a fait cheminer de l’idée de répertorier l’existant révélé par des bénévoles à la création d’un parcours totalement personnalisé sur le bien-vieillir. De multiples paramètres entrent en jeu quand vient le temps de choisir son milieu de vie et notre outil veut les refléter. Tout en gardant à l’esprit l’enjeu d’accès aux ressources numériques, nous voulons mettre en place un outil complet qui va permettre à l’usager d’identifier ses besoins pour ensuite lui proposer les solutions les plus pertinentes, parfois connues mais aussi insolites, comme la colocation entre personnes aînées par exemple. En ayant fait la lumière sur les zones d’ombre, nous travaillons présentement en confiance sur le parcours usager de la plateforme. L’Incubateur civique a été un véritable « game changer » pour notre projet et pour nous en tant que porteuses de projet. » — Amélie

Potentia est présentement à la recherche de partenaires dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’expérience utilisateur ainsi que de financement. Si vous souhaitez vous impliquer dans le projet, contactez Amélie.

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