Réunir Tout ce petit monde pour récréer le capital social

Pour remailler le tissu social, Maira Alejandra Gonzalez Navarro a imaginé des initiatives à caractère participatif, festif et valorisant dans les milieux les plus touchés par la distanciation physique et sociale, afin de réunir Tout ce petit monde, un projet sélectionné dans la cohorte d’automne 2020 de l’Incubateur civique.

Encourager la résilience collective

L’initiative de Maira s’est construite à partir d’une double observation. D’une part, elle constate que les périodes de confinement imposent une distanciation physique qui, pour beaucoup, s’accompagne d’un isolement social. L’accès restreint aux services ainsi que l’arrêt des rencontres avec le voisinage et de l’entraide qui en découle sont des facteurs qui y contribuent. Dans les quartiers de Montréal les plus touchés par la propagation du virus, ces effets sont exacerbés par les petites surfaces des logements et le manque de lieux communs agréables, verts et sécurisés.

D’autre part, dans ces mêmes quartiers, tels que Montréal-Nord, se trouvent de grands hangars typiques des zones commerciales urbaines implantées à proximité des espaces résidentiels. Pour l’heure, bien qu’ils attirent un certain achalandage, ces centres d’activités ne sont ni esthétiquement agréables, ni socialement fédérateurs. Ils disposent pourtant d’une ressource inexploitée : leurs toits plats.

Grâce à son expertise en design de l’environnement acquise lors de ses études et au cours de différents projets en réaménagement urbain et collaboration citoyenne, Maira y voit l’opportunité de réhabiliter le toit d’un hangar du boulevard Henri-Bourassa Est en lieu public, pour le transformer en un espace inclusif et accessible qui conjugue verdissement, divertissement, rencontres et échanges culturels autour de la thématique du voyage.

Crédit: Youssef Shoufan

« Comme on ne pouvait pas voyager à l’extérieur du pays, on a imaginé amener le voyage ici, dans toute sa diversité et son dépaysement, afin d’offrir l’opportunité à Tout ce petit monde de réinvestir un lieu agréable et de se ressourcer à travers les échanges entre les membres de cette communauté diversifiée qui constitue la richesse du quartier. » — Maira

Se recentrer sur l’impact recherché

Maira intègre donc la cohorte d’automne 2020 de l’Incubateur civique afin de concrétiser son idée. Au début du parcours, dès l’étape de la recherche terrain, sont révélés les obstacles à la mise en œuvre d’un projet de réaménagement de toit en temps de pandémie. La réticence des propriétaires, le coût des assurances et des travaux nécessaires à l’aménagement sécuritaire du lieu ainsi que la difficulté à obtenir les autorisations nécessaires freinent l’initiative.

S’ensuit alors une prise de recul, permettant à Maira de réfléchir à l’impact visé par la solution qu’elle amène. Dans le cadre de l’atelier sur la théorie du changement, elle jette un regard approfondi sur la composition de la communauté ciblée par l’impact de son projet. Différents profils d’individus ressortent de cette analyse et la caractéristique qui les unit est celle de l’isolement social. Parmi ces personnes, on compte des membres de familles monoparentales, des personnes vivant seules ou encore des personnes avec une déficience intellectuelle ou physique qui éprouvent de la difficulté à assurer leurs besoins de base en cette période particulière.

L’objectif est donc de briser l’isolement au sein de cette communauté en retissant le lien social à l’échelle hyperlocale autour d’activités festives. La solution se dessine autour d’une initiative qui permettrait de participer à une activité sociale, de mutualiser le gardiennage d’enfants pour donner un répit aux parents, surtout monoparentaux, et également de préparer des repas à faible coût grâce au volume produit. De plus, en s’appuyant sur des infrastructures existantes et fonctionnelles, les coûts s’en retrouveraient réduits, permettant d’organiser plusieurs événements à petite échelle. Maira précise :

« C’est à ce moment-là que l’idée est arrivée de travailler autour de la nourriture. C’est festif, fédérateur et universel, tout le monde mange ! C’est aussi une excellente façon de valoriser le patrimoine culinaire des gens du quartier en mettant de l’avant les mets traditionnels de leur culture d’appartenance ! Les cuisines collectives ont alors été identifiées comme un partenaire idéal autour duquel recréer le capital social. » — Maira

Les cuisines collectives, rassemblées au sein du Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ), sont des petits groupes qui mettent en commun temps, argent et compétences pour confectionner des plats économiques, sains et appétissants qu’ils rapportent chez eux. Les cuisines collectives s’inscrivent dans une démarche visant l’atteinte de l’autonomie alimentaire et, par conséquent, l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être. Le RCCQ réunit plus de 1000 groupes à travers tout le Québec et plus d’une centaine dans le Grand Montréal.

Avec Tout ce petit monde, Maira souhaite offrir un accompagnement aux cuisines collectives qui souhaitent appliquer un effet levier à leurs activités pour étendre leur impact à l’ensemble de leur communauté. Tout en s’appuyant sur les infrastructures environnantes sous-utilisées telles que les stationnements, les parcs ou encore les cours d’école, il leur est proposé d’ajouter une composante événementielle pour en faire un moteur d’animation de quartier et de rencontres dans le voisinage, propices à recueillir des contributions nécessaires au financement de leur fonctionnement.

Si la phase pilote du projet est menée dans le quartier de Montréal-Nord, d’autres cuisines collectives sont intéressées à déployer le modèle proposé à Rosemont-La Petite-Patrie ou Hochelaga-Maisonneuve.

« Le projet pourra se déployer au fur et à mesure des assouplissements des mesures sanitaires. Pour le moment, cela reste compliqué de travailler avec les cuisines collectives en raison des restrictions dues à la Covid-19 sur le plan alimentaire. Pour les prochains mois, en attendant de travailler directement avec les cuisines collectives, nous envisageons de donner une plus grande visibilité aux différentes petites entreprises du quartier en les invitant à participer à un événement festif et en aidant à la coordination des rencontres entre les différents intervenants. Notre objectif reste de renforcer les liens sociaux et de travailler avec le capital social des arrondissements. De même que la réalisation suit la logique d’assembler des actifs déjà présents dans un secteur et d’activer le potentiel de rassembler Tout ce petit monde. Restez à l’affût d’événements à venir dans votre quartier ! » — Maira

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