Promouvoir la sobriété numérique : ECOist Club nous invite à sauver la planète en se faisant du bien

Déceler le potentiel d’une idée

C’est durant les années où elle a vécu à Hong Kong que Daria commence à s’interroger sur la place du numérique dans notre quotidien. Intriguée par l’omniprésence des téléphones et tablettes dans les mains de la population et par l’empressement à acheter les plus récents produits connectés, elle se renseigne sur la dépendance aux écrans.

« Avec les récentes innovations technologiques et la multitude d’applications disponibles, le temps passé devant les écrans a considérablement augmenté lors de la dernière décennie. L’attention des usagers est précieuse, par exemple, pour les réseaux sociaux qui orientent le développement de leur plateforme vers une rétention maximale afin d’exploiter toutes les données qu’on leur fournit. C’est une technique qui s’appelle la captologie et les GAFAM s’en servent pour entretenir l’hyperconnectivité. »

Daria

Décrite par la Direction régionale de santé publique de Montréal comme un phénomène caractérisé par l’intégration des technologies de l’information et des communications dans les fonctions quotidiennes des organisations et des groupes, ainsi que dans les habitudes de vie des individus, l’hyperconnectivité est associée à la fatigue chronique, aux troubles de la concentration et du sommeil, à une baisse de l’estime de soi et à une dégradation de la santé mentale et physique dans son ensemble.

Crédit photo: Youssef Shoufan

Approfondissant ses recherches, Daria découvre un article faisant le lien entre l’utilisation d’un téléphone intelligent et les émissions carbone. Il est mentionné que les outils numériques (depuis les appareils connectés jusqu’aux centres de données) sont responsables en 2018 d’environ 1,5 % des émissions mondiales de carbone. Il est même suggéré que d’ici 2040, les émissions carbone du numérique pourraient représenter jusqu’à 14 %, ce qui correspond à peu près à la situation actuelle du secteur des transports.

Cette information provoque un déclic chez Daria : la solution qui répond à la fois aux enjeux environnementaux et de santé mentale, c’est la sobriété numérique ! Par une approche de consommation écoresponsable des ressources numériques, il est possible d’en réduire l’impact carbone tout en améliorant son bien-être, loin de la stimulation continue des écrans. Notant la fracture de l’industrie numérique qui vend toujours plus de produits et de services connectés avec la communauté scientifique qui alarme les usagers sur les effets de la pollution numérique et de l’hyperconnectivité, Daria imagine ECOist Club.

« Je me dis qu’il y a un pont à créer. Le numérique est un outil formidable, il n’est pas question de le bannir, mais de se réapproprier son usage de manière consciente. J’ai alors eu l’idée de développer un outil de sensibilisation qui permet aux gens de connaître l’étendue de leur trafic numérique quotidien, puis de proposer une comparaison avec d’autres activités qui émettent des gaz à effet de serre afin de mieux comprendre leur impact numérique. Par exemple, quel est l’équivalent d’une heure de visionnage d’un film en haute définition en kilomètres parcourus en voiture ? »

Daria

Projet ECOist Club, lauréat de la cohorte de l'automne 2020 de l'Incubateur civique de la MIS

L’idée plaît et Daria reçoit l’appui du CIRODD qui engage un doctorant pour développer un calculateur de l’impact numérique. Ce soutien s’avère être précieux car il s’intègre à la solution d’ECOist Club qui prend la forme … d’une application mobile!

En quoi l’utilisation d’une application numérique supplémentaire va-t-elle aider à réduire l’usage du numérique ? Comment rester écologique et connecté ? Ce qui peut sembler contradictoire suit une certaine logique. Il est question, pour Daria, de revendiquer un numérique responsable et d’agir là où le comportement à changer se manifeste, c’est-à-dire sur l’appareil, et par le biais du développement d’une application expérimentale conçue selon les paramètres d’écoconception!

La participation de Daria à différents incubateurs lui permet de développer le prototype de l’application et de travailler sur l’aspect entrepreneurial du projet. Cependant, elle fait face à des blocages sur la conception d’une expérience-usager adaptée, en raison notamment de l’absence de compréhension des usagers au problème de la pollution numérique. Cette phase de réflexion coïncidant avec l’appel à projets de la cohorte d’automne 2020 de l’Incubateur civique de la MIS, elle envoie sa candidature.

Faire évoluer le projet au sein de l’Incubateur civique

Sélectionnée dans le programme de l’Incubateur civique, Daria intègre la cohorte en s’interrogeant sur les manières d’adresser le sujet de la pollution numérique aux usagers, alors qu’en pleine pandémie, le numérique nous permet de travailler, de nous divertir et de maintenir une vie sociale. Comment relever ces enjeux et conceptualiser la sobriété numérique dans un outil ?

« Grâce au parcours de l’Incubateur civique et aux conseils avisés de mon coach, j’ai pu prendre du recul et repenser la stratégie. »

« J’avais déjà beaucoup parlé d’ECOist Club, mais est arrivé un moment où j’ai douté de sa pertinence. Je n’étais plus certaine de vouloir créer cette application. Grâce au parcours de l’Incubateur civique et aux conseils avisés de mon coach Hugo Steben, j’ai pu prendre du recul et repenser la stratégie. J’ai apprécié cette dynamique d’échanges d’idées. L’atelier sur la théorie du changement a notamment été déterminant dans ma manière d’aborder le projet. C’est un outil très puissant qui m’a encouragé à clarifier l’impact que je souhaitais générer et les étapes à mettre en place pour y arriver. Sur quoi dois-je agir et qu’est-il nécessaire de changer à la forme du projet dès maintenant pour atteindre cet objectif à moyen puis à long terme ? »

Daria

Daria Marchenko, porteuse du projet ECOist Club, lauréat de la cohorte de l'automne 2020 de l'Incubateur civique de la MIS
Crédit photo : Youssef Shoufan

Tout au long du parcours, différents aspects ont été confrontés et mis en évidence. Pour commencer, le public a peu conscience de l’impact environnemental causé par le numérique, d’une part parce que la circulation des données est invisible, d’autre part en raison de l’opacité entourant la fabrication des appareils qui cause pourtant d’importants dommages socioécologiques. De plus, en mettant la monétisation de l’attention des usagers au cœur de leur modèle d’affaires, les géants du web développent leurs produits de manière à augmenter la rétention en ligne et brouillent ainsi la perception du public quant à son utilisation du numérique.

Quel est alors le pouvoir d’agir de l’individu à développer des relations saines et écologiques avec le numérique ? Pour répondre à cette question, la proposition de valeur du projet a été reformulée et devient la suivante : ECOist Club offre une expérience de sobriété numérique, sans jugement, ludique et dynamisante, à travers des ateliers de sensibilisation et une application numérique conçue comme un guide.

En effet, ECOist Club souhaite accompagner les usagers de manière positive dans le changement de leurs comportements, contrairement aux applications existantes de détox numérique qui fournissent uniquement de l’information et culpabilisent les gens en pointant du doigt une action inadéquate. L’adoption de nouvelles habitudes est un processus complexe auquel l’application-guide va répondre en lançant aux usagers un défi de 30 jours où ils définiront eux-mêmes les objectifs qu’ils souhaitent atteindre à l’aide d’un portrait de leur consommation.  En définissant une durée suffisamment réduite, l’idée est de susciter une intention ambitieuse, mais raisonnable afin que les individus se sentent capables d’entreprendre la démarche, et d’y adhérer pour pouvoir observer des changements, éprouver un sentiment d’accomplissement et ancrer de nouveaux comportements grâce à des conseils et un suivi sur toute la durée du défi.

« Dans un projet d’innovation sociale, la mission est double. Il s’agit de créer une expérience engageante à laquelle les usagers sont prêts à participer totalement, mais aussi de rejoindre l’impact visé. L’un ne va pas sans l’autre. Avec l’application-guide d’ECOist Club, l’impact est intégré par le design de la solution. L’emphase a donc été mise sur la conception de l’expérience-usager.  »

Hugo Steben, directeur de l’entrepreneuriat social

Une première version de l’application sera développée pour une utilisation individuelle et servira de preuve de concept avant l’ajout de fonctionnalités de groupe. En effet, afin de démultiplier l’impact des changements, les défis pourront être relevés en famille, dans un cercle amical ou au sein d’une entreprise.

Suivez l’évolution du projet sur le site d’ECOist Club et sur leurs réseaux sociaux Facebook et LinkedIn.

Photo de Virginie Zingraff lors d'un atelier de la Maison de l'innovation sociale

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